Voici l’arrivée du plus grand dessinateur de cartoons en une case depuis Charles Addams. Un trapéziste en plein envol se prépare à recevoir un nouveau-né lancé par un autre, tout en hurlant « Soutiens bien la tête ! ». Un Adam nu et plein d’espoir se hisse vers la plus grande feuille, tandis qu’une Ève agacée lui tend une feuille plus petite, à sa taille. Une pieuvre abattue se tient sur le seuil d’une porte, le visage figé entre choc et consternation, devant une fête surprise complètement ruinée : invités, cadeaux et gâteau d’anniversaire sont recouverts d’un jet d’encre au beau milieu d’un « Surpri… », tandis que des ballons détachés viennent buter contre le plafond. Une fois par génération, une vision résolument nouvelle surgit dans les pages du The New Yorker. À notre époque, cette vision, c’est celle d’Ed Steed. Héritier de la grande tradition formaliste du gag en une case, Steed possède un talent saisissant et macabre pour créer des dessins capables de faire éclater de rire même le lecteur le plus flegmatique. Par moments, il évoque Charles Addams, George Booth, William Steig, Saul Steinberg et Edward Gorey, tout en prenant le contre-pied de la vision blasée et citadine du magazine où paraissent ses comics. Si quelqu’un t’a récemment raconté un cartoon du New Yorker lors d’un cocktail, il y a de fortes chances que c’était un « Steed ». Forces of Nature est le premier d’une série de recueils, très probablement primés, signés par ce jeune homme à l’âme de vieux maître du cartoon.