La mélodie mélancolique et tragicomique de l’envie d’ailleurs, traversée par le désir d’un foyer qui semble perdu à jamais. « Est-ce que je me suis enfin posé ? » Cette question résonne sans fin à travers les dix récits de ce premier recueil de comics très attendu, signé Michael D. Kennedy, collaborateur du New Yorker et du New York Times. Une série de personnages quittent les West Indies et tentent de trouver leur place dans l’atmosphère humide et morne des comtés d’Angleterre. Un enfant, lors de sa balade quotidienne en tricycle, est traqué par un ligahoo sinistre capable de changer de forme. La femme d’un chanteur de blues hallucine d’inquiétantes révélations, emportée par une sévère high yellow fever après avoir inhalé les spores de champignons psychédéliques poussant sans contrôle dans leur appartement. Un homme rumine l’absence de son père, le transforme en mythe de duppy par la peinture, puis en subit les conséquences. Inspiré par les contes populaires et les traditions orales de ses racines caribéennes, Milk White Steed est une plongée onirique dans les vérités chaotiques du quotidien des West Indians : la quête constante de ce qui leur est familier et la conscience cruelle de leur propre altérité, tout cela à la fois. Désirs fantomatiques, rêveries débridées et visions surréalistes de l’avenir envahissent chaque page en couleurs. Les coups de pinceau affirmés de Kennedy, inspirés de la gravure sur bois, dressent un portrait saisissant de la diaspora noire telle qu’elle se voit elle-même, toujours en quête et pourtant lucide à jamais.