C’est dans ce volume (qui rassemble encore deux années de strips de Pogo) que l’on découvre l’une des caricatures politiques les plus audacieuses de Walt Kelly. Partout aux États-Unis, les lecteurs n’avaient aucun mal à faire le lien entre l’insidieux chat sauvage Simple J. Malarkey et le sénateur anticommuniste en pleine ascension, Joseph McCarthy. Le sujet était assez sensible pour que, l’année suivante, un journal de Providence, dans le Rhode Island, menace d’abandonner le strip si le visage de Malarkey y réapparaissait. La réponse de Kelly ? Il a fait revenir Malarkey, mais avec un sac sur la tête lors de son apparition suivante. Donc, son visage n’apparaissait pas. (Et dans un autre de ces jeux de langage typiques de Kelly, le personnage auquel Malarkey se cachait était une poule Rhode Island Red, clin d’œil à la fois à l’origine de ce besoin de dissimuler Malarkey et à la controverse politique sous-jacente.) L’intégralité de ces séquences se trouve dans ce livre. Mais l’intrigue autour de Malarkey ne représente qu’une infime partie de ces deux années riches et mouvementées, qui comprennent aussi des séquences devenues cultes, comme les tentatives de l’arnaqueur Seminole Sam pour accaparer le marché de l’eau (que l’Oncle Baldwin de Porkypine essaie de surpasser en accaparant le marché de la terre) ; le retour de Pup Dog et Houn’dog avec leur parodie de Little Orphan Annie au regard vide, Li’l Arf and Nonny ; Churchy La Femme travesti pour livrer, à la manière de Cyrano, un poème d’amour qu’il a écrit au nom de Deacon Mush-rat à Sis Boombah (la poule mentionnée plus haut) ; le retour de P.T. Bridgeport dans le marais à la recherche de nouveaux talents ; et bien sûr deux refrains endiablés de Deck Us All With Boston Charlie. En plus de présenter pour la toute première fois, dans leur intégralité et dans l’ordre, tous les strips quotidiens de 1953 et 1954 (dont beaucoup ont une fois encore été scannés à partir des épreuves originales du syndicate, pour un rendu plus net et détaillé que jamais), Pogo Volume 3: Evidence to the Contrary contient aussi les 104 strips du dimanche de ces deux années, proposés dans de somptueuses couleurs pour la première fois depuis leur parution originale dans les suppléments dominicaux il y a 60 ans — sans oublier les habituelles annotations historiques approfondies de « Swamp Talk » par R.C. Harvey, de superbes exemples du travail de Kelly scannés à partir des planches originales, et bien plus encore ! Édité par Carolyn Kelly