This Woman’s Work est une œuvre autobiographique d’une puissance brute, qui pose des questions essentielles sur la féminité et les idées toutes faites qu’on projette sur le genre. Julie Delporte examine des objets culturels et des souvenirs parfois traumatiques à travers le regard de la femme qu’elle est aujourd’hui — une féministe qui comprend la réalité des femmes qui l’entourent, à quel point être confrontée à la culture du viol et aux violences sexuelles est presque indissociable du fait d’être une femme, et combien il est difficile de concilier ses convictions féministes avec le désir d’être aimée. Il lui arrive d’en vouloir au fait d’être une femme et de préférer être n’importe quoi d’autre. Raconté à travers de magnifiques dessins au crayon de couleur, évocateurs, et une prose rare mais saisissante, This Woman’s Work consigne les souvenirs de Delporte et sa consommation culturelle sous forme d’entrées de journal qui traduisent ses tiraillements face à la féminité et à la condition de femme. Elle organise ces moments de manière non linéaire, en présentant chacun comme l’instantané d’un lieu et d’une époque — des voyages à l’étranger, le moment où l’on comprend qu’une relation est terminée, ou encore un épisode traumatisant d’abus sexuel dans l’enfance qui la hante encore aujourd’hui. Si This Woman’s Work est profondément personnel, c’est aussi le reflet des conversations que les femmes ont avec elles-mêmes lorsqu’elles cherchent à construire leur identité féministe. La quête de réponses de Delporte au milieu du tumulte provoqué par les normes et présupposés de genre résonne avec une force particulière à l’ère de #MeToo.